

STRUCTURE ET CHAINE DE COMMANDEMENT MILITAIRES
A. L'organisation des troupes et des corps
En 1914-1918, l'armée française s'appuie sur différentes armes et composantes, chacune ayant un rôle bien précis et une organisation propre sur le front et à l'arrière.
En 1914-1918, l'armée française s'appuie sur différentes armes et composantes, chacune ayant un rôle bien précis et une organisation propre sur le front et à l'arrière.
1. L'Infanterie (La « Reine des batailles »)
C'est l'arme la plus représentée (environ 70 % des effectifs). Ce sont eux que l'on nomme les Poilus.
• Rôle : tenir le terrain, vivre dans les tranchées, défendre les positions et mener les assauts « par-dessus le parapet »
• Composantes :
◦ Infanterie de ligne : Les Régiments d'Infanterie (RI)
◦ Chasseurs à pied et alpins : Unités d'élite légères et très mobiles (BCP, BCA)
◦ Zouaves, Tirailleurs, Régiments Coloniaux (RIC) : Unités composées de troupes coloniales ou de colons engagés en première ligne
◦ Territoriaux (RIT) : Hommes plus âgés (34–40 ans) affectés à la garde des voies, aux travaux de terrassement ou à la logistique
• Les Zouaves : ils occupent une place à part, à la fois mythique et redoutée, dans l'histoire de la Première Guerre mondiale ; rattachés à l'infanterie, ils font partie des troupes coloniales et d'Afrique du Nord, avec une identité visuelle et historique très forte ; en 1914, les régiments de zouaves sont principalement composés de Français de « souche européenne » installés en Afrique du Nord (les « Pieds-Noirs » de l'époque), encadrés par des officiers aguerris ; ils constituent des régiments d'infanterie d'élite, réputés pour leur panache, leur bravoure et leur robustesse au combat
2. L'Artillerie (L'arme de la puissance d'acier)
Responsable de la majorité des pertes du conflit (environ 70 à 80 % des blessures/décès dus aux obus et éclats)
• Rôle : piloter la préparation d'artillerie avant l'assaut, détruire les fortifications ennemies, effectuer des tirs de barrage et soutenir l'infanterie
• Composantes :
◦ Artillerie de campagne : équipée du mythique Canon de 75 mm, rapide et précis
◦ Artillerie lourde (RALT) : pièces de gros calibre pour détruire les réseaux de tranchées et les bunkers adverses
◦ Artillerie de tranchée : utilisation des mortiers (les « crapouillots ») directement dans les lignes d'attaque
3. Le Génie (Les bâtisseurs du front)
Une arme stratégique souvent méconnue mais indispensable à la survie des troupes.
• Rôle : construire, aménager et entretenir les infrastructures de guerre
• Missions principales :
◦ Creusement et consolidation des boyaux et des tranchées
◦ La guerre des mines : creuser des galeries sous les lignes ennemies pour y faire sauter d'énormes charges d'explosifs
◦ Installation des réseaux de barbelés, construction de ponts et pose de lignes téléphoniques de campagne
◦ Sapeurs-mineurs, pontonniers, télégraphistes
4. La Cavalerie (La mutation forcée)
Conçue pour une guerre de mouvement, la cavalerie a dû réinventer son rôle dès la stabilisation du front à la fin de l'année 1914.
• Composantes : Cuirassiers, Dragons, Chasseurs à cheval, Hussards, Spahis
• Évolution durant la guerre :
◦ Au début de la guerre (été 1914), elle assure la reconnaissance et la couverture des mouvements
◦ Face à la guerre de position (tranchées et mitrailleuses), les cavaliers ont souvent été démontés pour servir comme infanterie dans les tranchées
◦ Plus tard, la cavalerie a donné naissance aux premières unités de Chars de combat (l'artillerie spéciale) avec les célèbres chars Renault FT.
5. La Marine Nationale (Les marins au combat)
Bien que le conflit terrestre soit prédominant en France, la Marine a joué un rôle crucial.
• Rôle en mer :
◦ Blocus maritime des empires centraux
◦ Protection des convois de ravitaillement de troupes et de marchandises (lutte anti-sous-marine contre les U-Boote allemands)
◦ Opérations en Méditerranée, aux Dardanelles et dans l'Atlantique
• Rôle à terre :
◦ Fusiliers marins : organisés en brigades (comme la brigade de l'Amiral Ronarc'h), ils se sont illustrés lors des combats terrestres en Belgique (Dixmude) et dans le Nord.
6. L'Aéronautique militaire (L'arme nouvelle)
Rattachée au départ à l'Armée de Terre (et au Génie), l'aviation a connu un essor prodigieux entre 1914 et 1918.
• Missions :
◦ Reconnaissance et observation : Photographie aérienne pour repérer les lignes et corriger les tirs d'artillerie.
◦ Aérostation : Les « saucisses » (ballons d'observation captifs) au-dessus des lignes.
◦ Chasse et bombardement : Combat aérien pour le contrôle du ciel et attaques des bases ennemies arrière.
B. La hiérarchie et l'échelle des grades
Durant la Première Guerre mondiale, la hiérarchie militaire française était rigoureusement structurée. Comprendre ces grades est particulièrement utile en généalogie pour analyser le parcours d'un ancêtre sur sa fiche matricule ou suivre son avancement au fil des promotions d'urgence du conflit.
En 1914-1918, l'« Armée de l'Air » telle qu'on la connaît aujourd'hui n'existait pas encore en tant qu'armée indépendante (elle n'est devenue une arme autonome qu'en 1934).
Pendant la Première Guerre mondiale, l'aviation était intégrée à l'Armée de Terre sous le nom d'Aéronautique militaire (ou Aéronautique militaire française).
Les aviateurs conservaient donc la hiérarchie, les grades et les appellations de l'Armée de Terre (ou de la Marine pour les pilotes issus de l'Aéronavale), le plus souvent issus de la Cavalerie, de l'Infanterie ou de l'Artillerie.
Contrairement à une idée reçue, être pilote ne nécessitait pas d'être officier. De très nombreux « As » et pilotes de chasse de 14-18 effectuaient leurs missions avec le grade de sergent ou d'adjudant.
Au début de la guerre, l'officier était souvent l'observateur (chargé de la reconnaissance et du réglage d'artillerie) tandis que le pilote n'était considéré que comme le « chauffeur » de l'appareil.
La Marine nationale possédait une hiérarchie et une terminologie propres, distinctes de celles de l'Armée de Terre.
En 1914-1918, elle s'organisait autour d'une échelle de grades très précise, allant du mousse et du matelot jusqu'aux grands amiraux.
Beaucoup de marins ont rendu leur navire pour combattre dans les tranchées (notamment lors de la célèbre bataille de Dixmude en 1914 avec la Brigade de fusiliers marins de l'Amiral Ronarc'h). Ils ont conservé leurs grades maritimes malgré leur engagement terrestre.
La Marine possédait ses propres hydravions et dirigeables pour la lutte anti-sous-marine. Les pilotes marins portaient les grades de la Marine (ex. un Lieutenant de vaisseau pilote d'hydravion).
En 1914, le grade suprême d'Amiral (4 étoiles) était une dignité exceptionnelle. La conduite des flottes était assurée par des Vice-amiraux occupant des fonctions de commandement en chef (comme l'amiral Boué de Lapeyrère en Méditerranée).
La Gendarmerie nationale occupe une place très particulière : bien qu'appartenant à l'Armée de Terre, elle exerce des missions spécifiques à l'arrière comme au front, au sein de ce qu'on appelait la Prévôté militaire.
Elle conserve le système de grades des armes montées (similaire à la Cavalerie et à l'Artillerie).
Durant le conflit, la Gendarmerie remplit deux fonctions majeures :
À l'Intérieur (Gendarmerie départementale) :
▪ Surveillance des voies de communication et des infrastructures stratégiques
▪ Traque des insoumis, contrôle des déserteurs et vérification des permissions
▪ Maintien de l'ordre et application des mesures de rationnement/réquisition
Aux Armées (La Prévôté) :
▪ Police militaire du front : orientation des troupes vers le front et régulation de la circulation sur les routes d'acheminement
▪ Maintien de la discipline : arrestation des traînards, contrôle des laissez-passer, lutte contre le pillage
▪ Gestion des prisonniers de guerre : encadrement de la capture et du transfert des prisonniers ennemis
▪ Exécution des sentences : application des peines prononcées par les Conseils de guerre (notamment lors des mutineries de 1917)





Une réputation contrastée : Les gendarmes prévôtaux ont parfois souffert d'une image difficile auprès des « poilus » des tranchées, qui les surnommaient parfois les « cognes » ou les voyaient comme des forces de contrôle restant à l'arrière des lignes de feu. En réalité, de nombreux gendarmes ont également participé directement aux combats et essuyé des pertes importantes.
La Légion étrangère (1914-1918)
Des Régiments de Marche créés pour le front
En 1914, les régiments traditionnels (1ᵉʳ et 2ᵉ RE) restent basés en Afrique du Nord. Pour combattre en France, l'État forme des Régiments de Marche (RMLE). En 1915, ils fusionnent pour former le mythique RMLE (Régiment de marche de la Légion étrangère), qui deviendra l'une des unités les plus décorées de toute l'armée française (avec le RICM).
L'afflux massif d'Engagés Volontaires pour la Durée de la Guerre (EVDG)
Dès août 1914, plus de 40 000 étrangers issus de 100 nationalités (Italiens, Russes, Américains, Belges, Suisses, etc.) s'engagent dans la Légion par amour pour la France ou pour défendre la liberté. Beaucoup ont été intégrés directement comme simples légionnaires de 2ᵉ classe aux côtés des vétérans du corps.
La règle d'encadrement des Officiers
• Les Officiers : en vertu des règlements de l'époque, les officiers de la Légion devaient être de nationalité française (souvent détachés de l'Infanterie métropolitaine ou coloniale). Quelques rares exceptions ont été faites à titre temporaire pour des officiers étrangers d'élite.
• Les Sous-officiers : Ils étaient recrutés principalement au choix parmi les légionnaires ayant rempilé, formant l'épine dorsale et le « moule » de la discipline Légion
Les Troupes Coloniales (1914-1918)
L'Armée coloniale (ou les Troupes coloniales) constituait la troisième grande composante terrestre aux côtés de l'Armée métropolitaine et de la Légion étrangère.
Rattachées au ministère de la Marine jusqu'en 1900 puis transférées au ministère de la Guerre, les Troupes coloniales (surnommées « La Coloniale ») regroupaient deux grandes catégories de combattants :
La Coloniale « Blanche » (Troupes de marine)
• Infirmiers, Artilleurs et Marsouins (Infanterie coloniale) et Bigors (Artillerie coloniale).
• Recrutés parmi les Français de métropole ou des colonies.
• Grades et appellations : Identiques à l'Armée de Terre (Caporal, Sergent, Lieutenant...), mais avec des traditions et insignes propres (l'ancre de marine).
Les Troupes Indigènes (Tirailleurs et Spahis)
• Tirailleurs (Sénégalais, Algériens, Tunisiens, Marocains, Tonkinois, Malgaches) et Spahis (Cavalerie indigène).
• Grades et appellations spécifiques pour les sous-officiers indigènes :
◦ Corporal / Caporal
◦ Chaouch (équivalent de Sergent dans les tirailleurs)
◦ Bach-chaouch (équivalent de Sergent-major)
◦ Adjudant indigène
◦ Aspirant / Lieutenant indigène (accès limité aux grades d'officiers pour le personnel non citoyen français)



